Regarde-moi donc si tu l'oses,
Diabolique poupée innocente é-perdue
Au regard vitreux et joues roses,
Devant moi, ton âme est à nue.
Centre de recherche, clinique Sophie
Germain.
Au commencement, il y avait de l'eau. Puis vint ensuite la
lumière. Aveuglante. La jeune femme tenta maladroite de se
proteger, levant une main vers ses yeux, tandis qu'ils clignaient
à cause de cette agression si subite. Doucement, elle
commença à reprendre conscience. Elle avait la gorge
sèche, une impression d'avoir des crevasses et des ravins
plutôt ques des lèvres et le sentiment d'avoir trop
dormi. Elle regarda quelques secondes d'un air vitreux sa main,
celle qui s'était levée.
Il y avait comme des perfusions... Mais elle n'en était pas
certaine. Elle n'y connaissait vraiment rien elle. Et puis, elle
avait été si peu dans un hôpital dans sa vie...
Hôpital. Elle cligna une nouvelle fois des yeux, et, se
redressant un peu sur son séant, tant bien que mal, les
muscles comme endoloris, elle entrepris de regarder rapidement son
environnement.
Tout d'abord, elle était dans ce qu'il semblait être
une espèce de chemise de chambre d'hôpital. Vraiment
très particulier, ne put-elle s'empecher de penser. Puis, elle
compris quelque chose: elle est à moitié allongée
dans quelques centimètres d'eau. Et la surface
métallique, sur laquelle elle reposait était parfaitement
propre, neutre, et un frisson lui parcourut l'échine. Ca, ca
ne lui disait rien de bon.
En fait, l'eau était tout simplement une sorte de
mini-bassin. Assez grand d'ailleurs. Enfin, son regard tomba
sur lui. Assez agé, par rapport à elle, en blouse
blanche, mains derrière le dos, attendant patiemment. A
côté de lui, une infirmière. Classique. Une
infirmière et un docteur. Ou un médecin. Quelle
importance ?
- Alors ? interrogea-t-il, rompant brusquement le silence
qui s'était installé dans cette pièce au carrelage
blanc.
Alors quoi ? Fut la première phrase lui venait à
l'esprit. Alors quoi mon vieux ? J'ai soif. Et puis t'es qui ? Hein
? Et la nana à côté, c'est qui ? C'est juste une
emploi-jeune ? Elle est digne de confiance, hein, dis ? Et puis la
lumière fut.
- Alors ? réitara-t-il, un peu plus pressant.
Un sourire se dessina légèrement sur les lèvres
saccagés de la jeune femme.
- A votre avis, souffla-t-elle, le souffle court, replacant une
mèche de cheveux, trempée par l'eau et la
transpiration.
- C'est une réussite alors ? s'enquit immédiatement la
blouse blanche.
- Evidemment, répliqua-t-elle. Evidemment.
Avant de se rallonger.
- Je suis fatiguée. J'ai faim. J'ai soif,
murmura-t-elle, d'une voix rocailleuse et faible.
La blouse blanche fit un geste, un simple geste, et la jeune
infirmière s'en alla. Elle avait compris l'ordre. Apporter
à la femme là, allongée dans de l'eau, de quoi se
restaurer.